Impôt US sur dividendes : ce que les investisseurs canadiens doivent savoir

Les investisseurs canadiens détenant des actions américaines pourraient faire face à des modifications potentielles de la façon dont leurs revenus de dividendes sont imposés. Un nouveau projet de loi proposé à la Chambre des représentants des États-Unis pourrait augmenter considérablement la retenue d’impôt sur les dividendes américains reçus dans des comptes non enregistrés, impactant potentiellement les rendements globaux des placements.

Ce changement proposé, qui fait partie d’un projet de loi fiscal plus large, est présenté par le gouvernement américain comme une réponse à des taxes telles que la taxe canadienne sur les services numériques (TSN) visant les grandes entreprises technologiques. Bien que l’adoption du projet de loi ne soit pas garantie et que les rendements des dividendes américains soient actuellement faibles, les investisseurs canadiens devraient comprendre les implications potentielles et la manière dont cela pourrait affecter leurs portefeuilles.

Explication de l’augmentation potentielle de l’impôt

Actuellement, les investisseurs canadiens reçoivent des revenus de dividendes américains soumis à une retenue d’impôt de 15 % lorsqu’ils sont détenus dans des comptes au comptant non enregistrés. Cela signifie que pour chaque 100 $ de dividendes américains, 15 $ sont retenus, laissant 85 $ à l’investisseur.

Le projet de loi proposé, surnommé le « One, Big, Beautiful Bill », comprend des dispositions qui pourraient augmenter ce taux. À partir du 1er janvier 2026, la retenue d’impôt pourrait passer à 20 %, avec des augmentations annuelles supplémentaires de 5 % pour atteindre éventuellement un maximum potentiel de 50 %. Il est important de noter que ce changement semble se concentrer sur les revenus de dividendes, les revenus d’intérêts provenant de placements dans des obligations américaines n’étant probablement pas affectés.

Impact sur les rendements des investisseurs

Si ce projet de loi était adopté, la retenue d’impôt plus élevée réduirait directement le revenu net de dividendes reçu par les investisseurs canadiens provenant d’actions américaines détenues dans des comptes non enregistrés. Cette réduction du revenu entraînerait également une baisse des rendements globaux du portefeuille à long terme.

Par exemple, si un investisseur détient des actions américaines avec un rendement de dividende de 2 %, la retenue d’impôt actuelle de 15 % réduit le rendement effectif à 1,7 % (une réduction de 0,3 % du rendement global). En vertu des changements proposés, la réduction commencerait à 0,1 % la première année du changement (20 % d’impôt sur un rendement de 2 % = 0,4 % de réduction totale, contre 0,3 %) et pourrait éventuellement atteindre une réduction annuelle de 0,7 % une fois que le taux de 50 % serait atteint (50 % d’impôt sur un rendement de 2 % = 1 % de réduction totale contre 0,3 %). Bien que ces points de pourcentage puissent sembler minimes, ils se composent au fil du temps, surtout pour les portefeuilles axés sur le revenu.

La raison invoquée : représailles pour la taxe numérique du Canada

Le gouvernement américain a publiquement déclaré que cette hausse d’impôt proposée est une mesure de représailles contre ce qu’il considère comme des taxes « discriminatoires » imposées par le Canada aux entreprises américaines. Un exemple principal cité est la taxe canadienne sur les services numériques (TSN) récemment mise en œuvre, qui impose une taxe annuelle de 3 % sur les revenus des grandes entreprises numériques telles que les plateformes de médias sociaux et les moteurs de recherche opérant au Canada. Les États-Unis considèrent cela comme une cible injuste de leur secteur technologique dominant.

Président américain s'adressant à des sidérurgistesPrésident américain s'adressant à des sidérurgistes

Considérations clés pour les investisseurs canadiens

Bien que les manchettes puissent sembler alarmantes, plusieurs facteurs cruciaux pourraient atténuer l’impact ou empêcher les changements proposés de se matérialiser complètement.

Ce projet de loi est-il déjà une loi ?

Le « One, Big, Beautiful Bill » a été adopté par la Chambre des représentants des États-Unis, mais il doit encore être approuvé par le Sénat et signé par le Président pour devenir loi. Il y a une opposition importante au projet de loi, en partie en raison de son ajout estimé de 3,7 mille milliards de dollars américains à la dette nationale. Une forte opposition pourrait entraîner le blocage ou la modification substantielle du projet de loi, supprimant ou modifiant potentiellement la disposition relative à la taxe sur les dividendes.

Impact potentiel de la renégociation de l’ACEUM

La renégociation prochaine de l’accord de libre-échange ACEUM entre le Canada, les États-Unis et le Mexique présente une autre voie par laquelle cette question pourrait être abordée. Le Premier ministre du Canada a exprimé le désir d’entamer ces négociations. Il est possible que la résolution de la proposition d’augmentation de la retenue d’impôt devienne une partie d’une discussion commerciale plus large, impliquant peut-être des concessions de la part du Canada sur des taxes comme la TSN en échange du maintien par les États-Unis du taux actuel de 15 %.

Les comptes enregistrés sont sécurisés

Un point crucial pour les investisseurs canadiens est que cette augmentation potentielle de l’impôt ne s’applique qu’aux dividendes américains reçus dans des comptes non enregistrés. Les placements détenus dans des comptes enregistrés tels que les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), les comptes d’épargne libres d’impôt (CELI), les régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) ou les régimes enregistrés d’épargne invalidité (REEEI) sont généralement protégés contre cette retenue d’impôt américaine en vertu des traités fiscaux existants. Par conséquent, une partie importante des avoirs canadiens en actions américaines pourrait ne pas être affectée.

Les faibles rendements de dividendes américains limitent l’impact global

Actuellement, les rendements de dividendes sur les principaux indices boursiers américains comme le S&P 500 sont relativement faibles, avoisinant les 1 %. Même les actions à petite capitalisation ont souvent des rendements similaires. Pour de nombreux investisseurs détenant des actions américaines, le principal moteur de rendement a été l’appréciation du capital plutôt que les revenus de dividendes. Compte tenu du faible rendement initial et du fait que la taxe n’affecte que les comptes non enregistrés, l’impact financier global pour la plupart des investisseurs canadiens, même si la hausse de la taxe est adoptée, serait relativement minime par rapport aux marchés avec des rendements plus élevés.

Graphique illustrant les rendements de dividendesGraphique illustrant les rendements de dividendes

C’est pourquoi de nombreux investisseurs canadiens concentrent leurs placements axés sur les dividendes au Canada, où les rendements sont souvent plus élevés et où un traitement fiscal favorable via le crédit d’impôt pour dividendes est disponible. Le marché américain est souvent perçu davantage pour son potentiel de croissance du capital à long terme.

Prochaines étapes pour les investisseurs

Cette augmentation proposée de la retenue d’impôt américaine sur les dividendes pour les investisseurs canadiens est un développement à surveiller, mais elle est loin d’être acquise. Le projet de loi fait face à d’importants obstacles au Sénat américain, et la question pourrait devenir un point de négociation dans les futures discussions commerciales entre les États-Unis et le Canada.

Bien que potentiellement négatif pour les investisseurs détenant des quantités importantes d’actions américaines dans des comptes non enregistrés, l’impact financier sera probablement relativement faible pour beaucoup, principalement en raison des faibles rendements de dividendes actuels sur le marché américain et de l’exemption pour les comptes enregistrés. Les investisseurs principalement axés sur les actions canadiennes à dividendes ou détenant des actions de croissance américaines dans des comptes enregistrés verront un effet minimal. Continuer à détenir des actions américaines versant des dividendes principalement dans des comptes enregistrés demeure une stratégie prudente pour l’efficacité fiscale.

Restez informé de l’avancement du projet de loi et des négociations commerciales potentielles. Pour plus d’informations sur les placements transfrontaliers et les implications fiscales, explorez nos articles connexes.

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