Sanctions US contre 4 juges de la CPI : Condamnation UE/ONU

Les États-Unis ont imposé des sanctions à quatre juges de la Cour pénale internationale (CPI), invoquant les actions de la cour à l’encontre des États-Unis et de leurs alliés. Cette décision a suscité une forte condamnation et des regrets de la part de l’Union européenne et des Nations Unies, qui ont souligné l’importance de l’indépendance de la cour.

Les États-Unis Imposent des Sanctions

Jeudi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé des sanctions contre quatre juges de la CPI. Le gouvernement américain a déclaré que ces mesures étaient une réponse aux « actions illégitimes et sans fondement » de la cour. Les juges désignés sont Solomy Balungi Bossa (Ouganda), Luz del Carmen Ibanez Carranza (Pérou), Reine Alapini-Gansou (Bénin) et Beti Hohler (Slovénie).

Les sanctions consistent à placer les juges sur une liste de personnes spécialement désignées. Cela entraîne généralement le blocage de tous les avoirs qu’ils pourraient détenir aux États-Unis et peut considérablement entraver leur capacité à utiliser les services bancaires internationaux, car de nombreuses banques mondiales utilisent les systèmes de contrôle américains.

Les États-Unis ont cité des actions spécifiques de la CPI comme base de ces sanctions, y compris la récente décision de demander un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Un autre facteur cité a été la décision de la cour en 2020 d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés commis par les troupes américaines en Afghanistan.

Réactions de l’UE et de l’ONU

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré vendredi que l’Union européenne « regrette profondément » les sanctions américaines. Elle a promis le « plein soutien » de l’UE à la cour basée à La Haye et à ses fonctionnaires.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprimant lors d'un événement.La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'exprimant lors d'un événement.

Von der Leyen a souligné que la CPI joue un rôle vital dans l’obligation de rendre des comptes pour les auteurs des crimes les plus graves au monde et dans le fait de donner une voix aux victimes. Elle a insisté sur le fait que la cour doit pouvoir fonctionner « sans pression » et a affirmé l’engagement de l’UE en faveur de la justice mondiale et du droit international.

Le président du Conseil européen, Antonio Costa, qui représente les gouvernements nationaux des 27 États membres de l’UE, a fait écho à ce sentiment. Il a qualifié la CPI de « pierre angulaire de la justice internationale » et a affirmé que son indépendance et son intégrité devaient être protégées.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a également exprimé sa préoccupation, se disant « profondément inquiet » par la décision américaine. Turk a soutenu que « les attaques contre les juges pour l’exercice de leurs fonctions judiciaires, aux niveaux national ou international, vont directement à l’encontre du respect de l’État de droit ». Il a appelé au retrait des sanctions, déclarant qu’elles sont « profondément corrosives pour la bonne gouvernance et la bonne administration de la justice ».

La Slovénie Envisage la Mise en Œuvre du Règlement de Blocage de l’UE

La Slovénie, un État membre de l’UE et le pays d’origine de l’une des juges sanctionnées, Beti Hohler, a vivement protesté contre la décision américaine. La Slovénie a déclaré qu’elle « rejette les pressions exercées sur les institutions judiciaires ».

Le ministère slovène des Affaires étrangères a annoncé son intention de proposer l’activation du règlement de blocage de l’UE. Ce mécanisme permet à l’UE d’interdire aux entreprises et aux particuliers européens de se conformer à des sanctions étrangères que l’UE juge illégales. Ce règlement a été utilisé par le passé pour contrecarrer les sanctions américaines affectant le commerce avec des pays comme Cuba et l’Iran.

Contexte : Position Antérieure des États-Unis à l’égard de la CPI

Cette action n’est pas la première fois que les États-Unis prennent pour cible la CPI. Après le retour au pouvoir du président Trump en janvier 2025, son administration a publié un décret menaçant globalement de sanctions les personnes impliquées dans les enquêtes de la CPI.

Les critiques ont alors soutenu que de telles mesures pourraient entraver la justice, décourageant potentiellement les témoins de coopérer avec la cour. Cependant, l’administration Trump a maintenu que les enquêtes de la CPI, en particulier celles impliquant les États-Unis et leurs alliés comme Israël, sont injustifiées et menacent le personnel militaire de « harcèlement, abus et arrestation possible ». La position américaine est que des pays comme les États-Unis et Israël sont des « démocraties florissantes » qui « respectent strictement les lois de la guerre ».

Les sanctions actuelles contre les juges représentent une application directe de cette politique suite aux décisions clés de la cour.

Et Maintenant ?

Les sanctions américaines exercent une pression personnelle et financière directe sur les juges de la CPI visés. La forte réaction de l’UE, de l’ONU et d’États membres individuels comme la Slovénie indique un défi diplomatique à l’action américaine et une réaffirmation du soutien à l’indépendance de la CPI. La pression de la Slovénie en faveur du règlement de blocage de l’UE pourrait entraîner des mesures supplémentaires visant à protéger les citoyens et entités européens impliqués auprès de la cour. Ce développement met en lumière les tensions continues entre les États-Unis, qui ne sont pas membres de la CPI, et les organismes internationaux affirmant leur compétence sur les crimes de guerre présumés à l’échelle mondiale.

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