De la navigation sur de vastes étendues à la recherche de nourriture ou d’un partenaire, l’odorat est une superpuissance pour d’innombrables créatures. Mais quand on demande : « Quel animal a le meilleur odorat ? », on plonge dans un mystère étonnamment complexe. La vérité est qu’il est scientifiquement difficile de nommer un seul champion de l’odorat, car le « meilleur » dépend entièrement de ce que l’on sent.
Contenu
- Pourquoi trouver le « meilleur » nez est plus complexe qu’il n’y paraît
- Comment les scientifiques recherchent les superstars de l’odorat
- Le jeu des gènes : Compter les récepteurs olfactifs
- La puissance cérébrale : Le bulbe olfactif
- Maîtres des odeurs spécifiques
- La véritable histoire de l’odorat : des spécialistes, pas un seul champion
Pourquoi trouver le « meilleur » nez est plus complexe qu’il n’y paraît
Imaginez essayer de comparer un chien de Saint-Hubert traquant une personne à un papillon de nuit trouvant un partenaire à des kilomètres. Ils sont incroyables dans des domaines différents. Selon Matthias Laska, zoologiste à l’Université Linköping en Suède, il existe des millions de molécules odorantes, qui peuvent se mélanger de manière infinie. Étant donné que les scientifiques n’ont testé qu’une infime fraction de ces odeurs chez différentes espèces, une déclaration générale sur qui sent « mieux » n’est pas scientifique.
Une partie du défi réside dans la nature même de l’odorat. Contrairement à la vue ou à l’ouïe, les odeurs sont volatiles, se dispersent de manière imprévisible et sont difficiles à mesurer ou à contrôler lors d’expériences. Cela rend l’étude de l’olfaction beaucoup plus difficile que celle des autres sens.
Comment les scientifiques recherchent les superstars de l’odorat
Malgré les défis, les chercheurs utilisent différentes approches pour évaluer les prouesses olfactives d’un animal.
Le jeu des gènes : Compter les récepteurs olfactifs
Une méthode consiste à compter le nombre de gènes de récepteurs olfactifs. Ce sont les instructions d’ADN dans le nez d’un animal qui codent pour des protéines conçues pour détecter différentes molécules odorantes.
Dans une étude de 2014 comparant différentes espèces de mammifères, les éléphants d’Afrique sont arrivés en tête avec un nombre étonnant de 1 948 gènes de récepteurs olfactifs. Les humains n’en ont que 396, les chiens 811 et les rats 1 207. Cela est logique si l’on considère la façon dont les éléphants dépendent de leur odorat pour trouver de la nourriture, reconnaître leur famille, éviter le danger et trouver des partenaires. Cependant, cette étude n’a examiné que 13 espèces de mammifères, laissant de côté des concurrents potentiels comme les ours, connus pour leur odorat puissant.
Infographie comparant le nombre de gènes de récepteurs olfactifs chez divers mammifères, mettant en évidence les éléphants.
La puissance cérébrale : Le bulbe olfactif
Un autre indice se trouve dans le bulbe olfactif du cerveau, la zone qui traite les odeurs. Les chiens, célèbres pour leurs capacités de pistage, ont des bulbes olfactifs beaucoup plus grands que les humains. Parmi les oiseaux, les vautours de Turquie sont réputés pour leur odorat aiguisé, leur permettant de détecter les carcasses depuis des altitudes incroyablement élevées.
Un vautour de Turquie perché sur une branche, connu pour son odorat aiguisé utilisé pour localiser des charognes.
Cependant, la taille du bulbe olfactif pourrait ne pas être toute l’histoire. Certaines recherches suggèrent que le nombre de neurones à l’intérieur du bulbe est assez constant chez les différentes espèces, quelle que soit leur taille, soulevant des questions quant à l’utilisation de la taille du bulbe comme seule mesure.
Maîtres des odeurs spécifiques
Parfois, la puissance olfactive d’un animal est mesurée par sa capacité à détecter des odeurs spécifiques avec une sensibilité extrême. Les rats géants d’Afrique sont un exemple. Tobias Ackels de l’Université de Bonn note que ces rats peuvent être entraînés à trouver des mines terrestres et ont même été utilisés pour dépister la tuberculose chez des patients humains.
Dans le monde des insectes, les papillons de nuit à soie mâles pourraient être les champions de la sensibilité. La neuroéthologiste Gabriella Wolff explique que les papillons mâles peuvent trouver une partenaire à plus de 2,8 miles (environ 4,5 km) en détectant de minuscules quantités de phéromones femelles. Certains peuvent réagir à une seule molécule !
Les requins possèdent également un odorat exceptionnellement aiguisé, vital pour la chasse et la reproduction. Bien qu’ils puissent détecter des substances chimiques dans l’eau à des concentrations incroyablement faibles (aussi peu qu’une partie pour 10 milliards), le mythe populaire selon lequel ils sentent une seule goutte de sang à travers un océan entier n’est pas exact.
Vous pourriez être surpris d’apprendre que les humains, bien qu’ayant moins de récepteurs olfactifs que les chiens, sont en fait meilleurs pour détecter certaines odeurs liées aux fruits. Laska suggère que la détection des fruits mûrs était plus importante pour nos ancêtres primates que pour un carnivore comme le chien.
La véritable histoire de l’odorat : des spécialistes, pas un seul champion
En fin de compte, il s’agit moins de savoir qui a le « meilleur » odorat en général et plus de savoir qui est le meilleur spécialiste. Comme le dit Ackels, différents animaux ont des sens olfactifs parfaitement adaptés à leur niche écologique unique et à ce qui est pertinent sur le plan comportemental pour leur survie.
Ainsi, bien qu’un éléphant puisse gagner le décompte des gènes, un papillon de nuit pourrait gagner pour la détection de phéromones à longue distance, et un rat géant pour trouver des traces chimiques spécifiques. Chacun est un champion dans son propre monde olfactif.
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