Boeing Canada renforce considérablement son engagement envers l’aviation durable en annonçant des investissements de plusieurs millions de dollars dans deux entreprises visant à produire près de 200 millions de litres de carburant d’aviation durable (CAD) par an. Cette initiative souligne l’accent mis par le géant de l’aérospatiale sur la décarbonisation du vol et est liée à une acquisition majeure d’avions militaires par le gouvernement canadien.
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L’annonce détaille des investissements totalisant près de 17,5 millions de dollars répartis sur deux projets : l’un utilisant des résidus de bois au Québec et l’autre se concentrant sur la capture des émissions de carbone industrielles en Colombie-Britannique. Le carburant d’aviation durable (CAD) est essentiel aux objectifs environnementaux de l’industrie, offrant une réduction allant jusqu’à 80 % des émissions de carbone du cycle de vie par rapport au carburéacteur traditionnel.
Points clés à retenir :
- Boeing Canada investit 17,5 millions de dollars dans deux projets canadiens de CAD.
- Les investissements ciblent le CAD biosourcé à partir de résidus de bois et le CAD synthétique à partir de CO2 capturé.
- Les projets visent une capacité de production combinée de près de 200 millions de litres par an.
- Cette initiative est liée à l’acquisition récente par le Canada d’avions Boeing P-8A Poseidon.
- Le CAD est essentiel à la décarbonisation de l’aviation, mais des défis importants en matière de mise à l’échelle subsistent.
Favoriser la production de carburant durable au Canada
Le financement est réparti entre deux approches distinctes de production de CAD.
Le Projet Avance, une coentreprise entre Bioenergie AECN et Alder Renewables à Port-Cartier, au Québec, recevra 10 millions de dollars. Cette initiative se concentre sur la conversion des résidus de bois de scierie en biopétrole à faible teneur en carbone, visant une production annuelle de près de 38 millions de litres de carburéacteur non mélangé.
En Colombie-Britannique, 7,5 millions de dollars sont alloués à Dimensional Energy pour développer ses opérations axées sur la capture du CO2 industriel. Ce projet vise à produire éventuellement des volumes considérablement plus importants de carburant d’aviation synthétique, quadruplant potentiellement la production du projet québécois.
Le PDG de Dimensional Energy, Jason Salfi, a souligné l’importance stratégique de la mise à l’échelle en C.-B., citant l’environnement favorable de la province aux entreprises de technologies propres.
Le défi de la décarbonisation de l’industrie de l’aviation
L’essor du CAD survient alors que le secteur de l’aviation est aux prises avec son empreinte environnementale croissante. Les émissions du transport aérien ont augmenté rapidement entre 2000 et 2019, ne s’interrompant que pendant la pandémie de COVID-19. En 2023, les vols commerciaux mondiaux ont produit 950 mégatonnes de pollution par le carbone, représentant 2,5 % des émissions mondiales, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les projections indiquent que les émissions dépasseront les niveaux de 2019 en 2025 et continueront d’augmenter.
L’industrie de l’aviation canadienne a consommé environ huit milliards de litres de carburéacteur en 2023, le classant parmi les plus grands consommateurs mondiaux. Bien que les efficacités opérationnelles, telles qu’une meilleure planification des vols et des avions plus récents et plus économes en carburant, contribueront à la réduction des émissions, le volume considérable de carburant requis met en évidence le besoin critique d’alternatives durables comme le CAD.
Le président de Boeing Canada, Al Meinzinger, a reconnu les besoins « importants » en carburant et a souligné que les avancées technologiques comme la production de CAD doivent être associées à des améliorations opérationnelles. Chris Lohmann, responsable du développement durable de Boeing pour le Canada, a souligné le potentiel du Canada à devenir un chef de file dans la fabrication de CAD grâce à son industrie forestière importante et sa base d’émissions industrielles.
La technologie de capture de carbone de Dimensional Energy en C.-B.
Dimensional Energy, fondée en 2016, a développé une technologie qui convertit le CO2 industriel capturé en produits de carbone recyclé, y compris une huile synthétique qui peut être raffinée en carburéacteur. L’objectif est de créer une source de carburant net zéro.
L’entreprise exploite actuellement son installation pilote industrielle à l’usine de ciment Lafarge Canada à Richmond, en C.-B., en partenariat avec l’entreprise de technologie de capture de carbone Svante Inc. Ce pilote produit un petit volume (un à deux barils par jour) d’huile synthétique utilisée pour divers produits.
Usine de ciment Lafarge Canada à Richmond, C.-B., site de l'installation pilote de capture de carbone de Dimensional Energy
L’investissement de Boeing vise à accélérer une étude d’ingénierie préliminaire pour la construction d’une installation beaucoup plus grande. Une telle usine pourrait potentiellement capturer suffisamment de CO2 pour produire 151 millions de litres de carburéacteur à base de carbone recyclé par an, équivalent à environ 3 000 barils de pétrole par jour. Le coût estimé de cette mise à l’échelle est de plusieurs centaines de millions de dollars, un intérêt d’investisseurs ayant déjà été signalé.
L’emplacement idéal pour une installation à grande échelle serait à côté d’un émetteur industriel majeur, bien que des sites capables de recevoir le CO2 capturé par rail ou par barge soient également envisagés. Dimensional Energy y voit une opportunité de fournir une solution de valorisation pour les industries comme les pâtes et papiers et le ciment, qui ont besoin de moyens pour gérer leurs émissions de carbone.
Installation pilote de Dimensional Energy capturant le CO2 à l'usine de ciment Lafarge à Richmond, C.-B., visant la production de carburant synthétique à grande échelle
Dimensional Energy prévoit de rester en Colombie-Britannique, en partie grâce à l’environnement réglementaire favorable de la province aux technologies propres. Bien que la C.-B. manque d’options de stockage de CO2 étendues par rapport à l’Alberta, cela crée une opportunité pour les technologies qui utilisent le carbone capturé, comme le processus de Dimensional.
Investissement lié à une acquisition militaire
Ces investissements importants dans le CAD sont directement liés à la décision du gouvernement canadien en novembre 2023 d’acquérir jusqu’à 16 avions Boeing P-8A Poseidon pour l’Aviation royale canadienne. Dans le cadre de l’accord d’acquisition, Boeing s’est engagé à investir dans l’industrie canadienne.
Le P-8A Poseidon est un avion multimission conçu pour la lutte anti-sous-marine, le renseignement, la surveillance, la reconnaissance et les opérations de recherche et de sauvetage, remplaçant la flotte vieillissante de CP-140 Aurora du Canada.
Infographie détaillant les capacités de l'avion Boeing P-8A Poseidon, acquis par l'Aviation royale canadienne
Boeing Canada indique avoir désormais investi plus de 280 millions de dollars dans des projets canadiens de technologies propres dans le cadre du programme Poseidon, ce qui fait partie de plus de 2 milliards de dollars de contrats liés à l’acquisition. Les investissements antérieurs dans le cadre de ce programme comprennent le financement de la modélisation complexe et de l’apprentissage automatique au siège de Boeing à Vancouver et le soutien d’une installation de formation en fabrication aérospatiale à Parksville, en C.-B., détenue par une entreprise autochtone.
Bien que motivée par le contrat militaire, la capacité de production de carburant durable développée grâce à ces nouveaux investissements vise à desservir à la fois l’Aviation royale canadienne et le secteur de l’aviation commerciale au Canada.
Perspectives : la mise à l’échelle du CAD pour l’avenir
L’investissement de Boeing dans des projets canadiens de CAD représente un mouvement stratégique pour aider à décarboniser le secteur de l’aviation et satisfaire aux exigences de retombées industrielles liées à un important contrat de défense. Bien que le volume de production visé de près de 200 millions de litres par an soit substantiel pour la capacité actuelle de CAD, il reste une fraction de la consommation annuelle totale de huit milliards de litres de carburéacteur au Canada.
Le défi consiste à mettre à l’échelle les technologies de production, à sécuriser les matières premières (qu’il s’agisse de résidus de bois ou de carbone capturé), à construire des infrastructures coûteuses et à assurer la viabilité économique du CAD par rapport aux carburants conventionnels. Ces investissements sont des étapes initiales cruciales d’un long chemin vers la démocratisation du carburant d’aviation durable.
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