Postes Canada envisage la fin de la livraison à domicile : impacts

Un nouveau rapport recommande à Postes Canada d’éliminer progressivement la livraison du courrier porte-à-porte, une mesure qui pourrait avoir un impact significatif sur des millions de foyers et permettre à la société d’État d’économiser des centaines de millions annuellement. Ce changement potentiel, motivé par la baisse des volumes de courrier, fait face à une forte opposition de la part de certains clients, notamment les personnes âgées et celles ayant des problèmes de mobilité, ainsi que du syndicat des postiers. L’enjeu central est d’équilibrer la viabilité financière de Postes Canada et l’accessibilité du service pour le public.

Points clés à retenir :

  • Un rapport de la Commission d’enquête industrielle suggère de mettre fin à la livraison à domicile et d’utiliser des boîtes postales communautaires.
  • Postes Canada estime pouvoir économiser 350 millions de dollars par an en convertissant toutes les adresses.
  • Les critiques s’inquiètent de l’accessibilité pour les populations vulnérables et des pertes d’emplois potentielles.
  • La proposition relance le débat sur les niveaux de service postal et la gestion des coûts.

La pression pour mettre fin au service porte-à-porte

Actuellement, environ 25 % des adresses canadiennes, principalement dans les vieux quartiers urbains, reçoivent toujours le courrier directement à leur porte. Un rapport indépendant commandé pour examiner l’avenir de Postes Canada soutient que ce service n’est plus financièrement viable en raison d’un déclin constant du volume de courrier physique.

Le rapport propose de convertir ces adresses en boîtes postales communautaires, similaires aux conversions que Postes Canada a entreprises en 2014. Ce déploiement initial a été arrêté par le gouvernement fédéral en 2015 suite à une réaction négative du public concernant les inconvénients et les problèmes d’accessibilité.

Postes Canada prévoit que l’achèvement de la conversion à des boîtes communautaires à travers le pays pourrait entraîner des économies annuelles d’environ 350 millions de dollars. Bien que le rapport suggère de prévoir des arrangements alternatifs pour les personnes handicapées, les détails spécifiques et l’efficacité de ces programmes restent un point de discorde majeur.

Les préoccupations d’accessibilité au premier plan

Pour de nombreuses personnes qui dépendent encore de la livraison à domicile, le changement potentiel est une préoccupation majeure. Les personnes âgées et les personnes ayant des problèmes de mobilité soulignent la difficulté physique et les risques pour la sécurité associés au déplacement vers les boîtes postales communautaires, en particulier par mauvais temps ou sur des trottoirs inégaux.

Judy Frank, une résidente de Regina âgée de 78 ans, a exprimé ses inquiétudes en déclarant : « C’est très dangereux », faisant référence à l’état des trottoirs. Sa fille, Kyara Moon, a ajouté que la livraison à domicile aide les gens, surtout les aînés, à maintenir leur indépendance.

Frankie Thornhill, 72 ans, de Calgary, a fait écho à ces sentiments, notant les dangers de la glace et la difficulté pour les personnes âgées de marcher de longues distances pour récupérer leur courrier. « Vous avez ces personnes âgées qui doivent marcher deux pâtés de maisons pour aller à la boîte. Ce n’est pas bon », a-t-elle dit.

Les conversions passées ont également mis en évidence des problèmes avec les boîtes communautaires elles-mêmes, notamment le givre, l’accessibilité de l’emplacement pour les personnes handicapées, et le manque de caractéristiques comme les marquages en braille. Les groupes de défense soutiennent que si des aménagements existent, ils nécessitent une révision et une amélioration significatives pour véritablement répondre aux besoins d’accessibilité.

Économies financières ou normes de service

Le rapport présente la fin potentielle de la livraison à domicile comme une étape nécessaire pour la santé financière de Postes Canada. Cependant, les critiques soutiennent que cela se fait au détriment d’un service public essentiel, en particulier pour les populations vulnérables. Des inquiétudes sont également soulevées quant à l’impact potentiel sur les emplois des employés postaux.

Ce débat s’inscrit dans le contexte des négociations collectives en cours entre Postes Canada et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes (STTP). Le syndicat a publiquement exprimé son désaccord avec de nombreuses recommandations du rapport et les données qui les appuient, suggérant que les changements proposés pourraient devenir un point de discorde dans les négociations collectives.

L’avenir des bureaux de poste ruraux

Au-delà de la livraison urbaine, le rapport recommande également de lever le moratoire de 1994 sur la fermeture des bureaux de poste ruraux. Bien qu’il ne liste pas de lieux spécifiques pour la fermeture, il souligne que certains bureaux de poste classés comme « ruraux » il y a des décennies, comme ceux de Milton et Richmond Hill, en Ontario, et de Stittsville, à Ottawa, se trouvent désormais dans des zones suburbaines.

Frankie Thornhill, femme âgée, devant sa maison, s'inquiétant de la marche vers les boîtes postales communautaires à CalgaryFrankie Thornhill, femme âgée, devant sa maison, s'inquiétant de la marche vers les boîtes postales communautaires à Calgary

Glen Gower, le conseiller municipal de Stittsville, reconnaît la croissance de sa communauté et le potentiel de consolidation si les services peuvent être maintenus. Cependant, il souligne l’importance de s’assurer que des services postaux adéquats restent accessibles aux résidents, même si la signification d’un bâtiment physique change avec le temps. La fermeture potentielle de bureaux de poste, comme la fin de la livraison à domicile, devrait susciter une opposition locale significative.

Et après? Anticiper l’opposition

Le rapport lui-même reconnaît que la mise en œuvre de ses recommandations, y compris la fin de la livraison porte-à-porte et la fermeture potentielle de bureaux de poste ruraux, suscitera probablement une « opposition publique massive ». Il prévoit des objections vigoureuses de la part des communautés locales et du syndicat, même avec consultation publique.

Vue extérieure du bureau de poste de Postes Canada dans le quartier Stittsville à Ottawa, OntarioVue extérieure du bureau de poste de Postes Canada dans le quartier Stittsville à Ottawa, Ontario

La voie à suivre pour Postes Canada implique de naviguer entre ces pressions financières, les attentes importantes en matière de service public et les défis des relations de travail. Toute décision de procéder à l’élimination progressive de la livraison à domicile ou à la fermeture de bureaux de poste nécessitera un examen attentif de l’impact social parallèlement aux arguments économiques. Le résultat pourrait remodeler les services postaux à travers le pays.

Pour en savoir plus sur les défis auxquels sont confrontés les services postaux nationaux ou sur la complexité des négociations syndicales dans les sociétés publiques, explorez nos articles connexes sur [tendances des services postaux] et [relations de travail].