Vapotage : Pression sur Ottawa pour bannir les saveurs pour jeunes

Des groupes de défense réitèrent leurs appels au gouvernement fédéral canadien pour qu’il interdise la plupart des produits de vapotage aromatisés. Cette pression survient au moment où le Parlement entame une nouvelle session et où une nouvelle ministre de la Santé, Marjorie Michel, prend ses fonctions, faisant face à une pression immédiate pour s’attaquer aux taux croissants de vapotage chez les jeunes. La principale demande est de finaliser et de renforcer les réglementations proposées qui limiteraient considérablement les saveurs disponibles, dans le but de réduire l’attrait auprès des jeunes Canadiens.

Points clés :

  • Des groupes de contrôle du tabac et de santé publique pressent la nouvelle ministre canadienne de la Santé d’interdire les vapoteuses aromatisées, sauf celles au tabac.
  • Les groupes réclament des réglementations plus strictes que celles initialement proposées en 2021.
  • Des données récentes montrent qu’un pourcentage élevé de jeunes Canadiens ont essayé le vapotage.
  • Le gouvernement fédéral a précédemment promis d’agir, mais a évoqué des défis comme la nécessité d’un cadre national et la prévention des marchés illicites.
  • L’industrie du vapotage s’accorde sur la restriction de l’accès aux mineurs, mais diverge sur l’étendue de l’interdiction des saveurs, insistant sur l’application.

Pourquoi les groupes de défense réclament une interdiction des saveurs

Des organisations comme Action pour la santé sans tabac, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et Médecins pour un Canada sans fumée affirment que les saveurs attrayantes (fruits, bonbons, desserts) sont à l’origine d’une « épidémie de vapotage chez les jeunes ». Elles soulignent les statistiques récentes montrant des taux d’essai élevés chez les jeunes adultes et les adolescents.

Les données de l’Enquête canadienne sur le tabac et la nicotine de Statistique Canada 2023 ont révélé que près de la moitié des jeunes adultes (20-24 ans) et un tiers des 15-19 ans ont déclaré avoir essayé le vapotage au moins une fois. Point crucial : près de 40 % des personnes âgées de 15 ans et plus ayant vapoté le mois précédent n’avaient jamais fumé de cigarettes traditionnelles. Cela suggère que le vapotage introduit la consommation de nicotine à une nouvelle génération, plutôt que de servir uniquement d’outil de sevrage tabagique pour les fumeurs existants.

« Nous ne réclamons pas une interdiction de tous les produits de vapotage, mais seulement des versions aromatisées qui les rendent intéressants et très attrayants pour les jeunes », a déclaré Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. Les groupes estiment qu’éliminer ces saveurs attrayantes est essentiel pour protéger les jeunes de la dépendance à la nicotine.

L’appel à l’action pour la nouvelle ministre de la Santé

Les organisations de santé ciblent spécifiquement la ministre de la Santé, Marjorie Michel, la pressant de finaliser et de mettre en œuvre les réglementations initialement proposées en 2021. Ces réglementations interdiraient toutes les saveurs, sauf celles de tabac, de menthe et de menthol. Cependant, les groupes font pression pour des règles encore plus strictes, prônant une interdiction de toutes les saveurs sauf le tabac au cours des 100 premiers jours de la ministre en poste.

Cette pression renouvelée survient après que l’ancien ministre de la Santé, Mark Holland, a publiquement critiqué l’industrie du tabac et son impact sur les jeunes. Les défenseurs s’inquiètent des retards dans la mise en œuvre des restrictions promises.

Promesses gouvernementales et défis de mise en œuvre

Ottawa a d’abord promis des restrictions nationales sur les produits de vapotage aromatisés en 2021. Trois ans plus tard, ces restrictions nationales n’ont pas été entièrement mises en œuvre, malgré un effort fédéral plus large pour sévir contre l’accès des jeunes aux produits de nicotine, y compris une interdiction des sachets de nicotine aromatisés promulguée l’année dernière.

Étudiants utilisant des appareils de vapotage, illustrant la prévalence dans les écolesÉtudiants utilisant des appareils de vapotage, illustrant la prévalence dans les écoles

Un porte-parole de l’ancienne ministre de la Santé mentale et des Dépendances a indiqué fin 2023 que l’engagement à réglementer les saveurs demeurait, mais a cité la nécessité d’assurer l’efficacité d’un cadre national. Des préoccupations ont été soulevées quant aux conséquences involontaires, comme le fait de pousser les consommateurs vers un marché illicite, comme observé après que le Québec a mis en œuvre sa propre interdiction des saveurs autres que le tabac ou les options sans saveur.

Des défenseurs comme Cynthia Callard, directrice générale de Médecins pour un Canada sans fumée, ont exprimé leur impatience face aux retards. « Nous ne pouvons pas nous permettre que ce gouvernement reste les bras croisés ou adopte la même approche laxiste à l’égard de l’industrie du tabac et de la nicotine que son prédécesseur », a commenté Mme Callard.

La perspective de l’industrie et le débat sur l’application

L’industrie du vapotage, y compris des acteurs majeurs comme Imperial Tobacco Canada Ltée, exprime également des préoccupations concernant le vapotage chez les mineurs et soutient la restriction de l’accès. Eric Gagnon, vice-président des affaires corporatives et réglementaires chez Imperial Tobacco Canada, a déclaré que l’entreprise est d’accord sur la nécessité de garder les produits de vapotage hors de portée des mineurs.

Imperial Tobacco soutient les réglementations proposées par le gouvernement fédéral pour limiter les saveurs au tabac, à la menthe et au menthol. Ils prônent également d’autres restrictions sur la taille et le volume des appareils ainsi que des mesures pour contrer le marché en ligne croissant. Cependant, l’industrie souligne que les réglementations doivent être fondées sur des preuves et, surtout, accompagnées d’une application efficace pour prévenir un basculement vers des marchés illicites non réglementés.

M. Gagnon a critiqué les groupes de santé pour s’être concentrés uniquement sur la réglementation sans accorder l’attention nécessaire à l’application, suggérant que « les groupes de santé qui ont parlé avant croient que leur travail est terminé une fois qu’une nouvelle réglementation est introduite, sans aucune préoccupation quant à la prise de contrôle par le marché illégal ».

Le débat met en lumière une tension clé : comment protéger les jeunes tout en s’assurant que les réglementations ne créent pas par inadvertance des problèmes plus importants avec des produits et des ventes non réglementés. Cette discussion a lieu dans le contexte de l’histoire de l’industrie canadienne du tabac, y compris un règlement récent de 32,5 milliards de dollars approuvé en mars pour les gouvernements provinciaux et les anciens fumeurs lié à des décennies de pratiques de marketing trompeuses.

Image liée à une étude trouvant des métaux toxiques dans les vapoteuses et leurs effets sur la santé des jeunesImage liée à une étude trouvant des métaux toxiques dans les vapoteuses et leurs effets sur la santé des jeunes

Quelle est la suite ?

La balle est maintenant dans le camp de la ministre de la Santé, Marjorie Michel. Les défenseurs de la santé publique exercent une pression importante pour une action rapide sur les produits de vapotage aromatisés, visant une interdiction quasi totale dans ses premiers mois en poste.

Le gouvernement est confronté au défi d’équilibrer les objectifs de santé publique avec les implications potentielles pour le marché et les complexités de l’application. L’expérience dans des provinces comme le Québec suggère qu’une interdiction stricte, si elle n’est pas associée à une application robuste, pourrait alimenter un marché illicite qui échappe entièrement à la réglementation et à la fiscalité.

Les investisseurs et les citoyens concernés devraient suivre de près les annonces de Santé Canada concernant la finalisation ou la modification des réglementations sur le vapotage. Tout changement significatif pourrait avoir un impact sur le marché légal du vapotage au Canada et influencer les résultats de santé publique pour les jeunes.

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